A la recherche des fées

A la recherche des fées, essai paru en Novembre 2004 aux Editions de la Plomée, sur le mythe féerique avec des illustrations de Viviane Serard. Dans ce livre, en prélude, la légende de Viviane, Morgane et Mélusine nous ouvre les portes de l’Ailleurs. Le voyage en féerie qui suit évoque des histoires étranges mais réellement vécues par l’auteur sur les lieux mêmes des fées, à Brocéliande et à Lusignan.

La famille des pieds percés (extrait)

Voici un extrait du livre « A la recherche des fées » : l’histoire de la famille des pieds percés.

La famille des pieds percés.

A un certain moment, je fis un cycle de rêves très particuliers.
Toutes les nuits je me battais avec la mort pour franchir les portes de l’autre monde, nous nous disputions violemment. L’essentiel de notre différent concernait le prix à payer. Je criais:
“Je connais la justice, j’ai laissé mon véhicule à l’entrée avec mes bagages et je n’ai rien à payer.”
Cette énigmatique phrase signifiait sans doute que je rentrais seulement en esprit dans le royaume des morts. J’avais laissé mon corps bien vivant à l’entrée avec mon passé. Chaque nuit, je recommençais le voyage au bout de la vie et le passage devenait de plus en plus difficile.

Une nuit j’arrivais au seuil du monde interdit et je vis deux files qui attendaient. La mort était assise par terre, toute recroquevillée sur elle même. Cette infernale vieille avait trouvé une méthode infaillible pour séparer le bon grain de l’ivraie : elle posait la jambe du candidat sur ses genoux, retournait d’un geste incroyablement preste son pied et l’examinait soigneusement pour voir s’il était percé en dessous. Ceux qui n’avaient pas le pied percé étaient refoulés impitoyablement.
Cette fois je fus désespérée, bien persuadée de ne pas réussir à entrer.
Pourtant quand j’arrivais à la hauteur de la mort, je vis son visage plissé se déformer dans un clin d’oeil horrible, elle me fit alors un geste de la main sans équivoque m’invitant à passer sans montrer patte-percée. Je rentrais et comme d’habitude, j’oubliai tout ce que je vis dans le sombre royaume. Curieusement les seuls souvenirs qui me sont restés sont ceux des difficultés du passage.

Quelques jours après ce rêve je décidais de rompre ce cycle étrange et d’aller me reposer à Brocéliande. Je connais ce lieu depuis plusieurs années. Je me suis souvent promenée dans cette forêt espérant retrouver quelques traces de la fée Viviane et de son ami Merlin. Il faut bien reconnaître que cette forêt est bien pauvre en vestiges réels. Pourtant c’est un lieu où souffle l’esprit, et j’aime y séjourner chaque fois que quelque chose me tourmente. Il suffit de passer le hameau de folle pensée, qui existe bel et bien sur les cartes, et d’aller boire un peu de l’eau de la fontaine de Barenton car elle a la réputation de guérir de la folie.

A peine arrivé je m’installais au relais de Brocéliande et je pris un thé dans la salle du café quand mon regard fut attiré par une porte percée au centre d’un bâtiment et qui communiquait avec le centre du village. A gauche de la porte s’étalaient en lettres bleues, un peu effacées par le temps:
“Famille Pieds Percés, à pied et à cheval, chambre et repas, midi et soir.”
Je n’en crus pas mes yeux, la coïncidence était si frappante que j’interrogeai l’hôtesse des lieux. Elle me raconta alors que le nom de Pieds Percés était un nom courant en Bretagne et que l’auberge était désaffectée depuis bien longtemps.
Un vieux monsieur qui était assis au bar me donna quelques précisions:
“Moi, je les ai connus les Pieds Percés! C’était une famille bien sympathique. Quand j’étais jeune, ça dansait tous les jours à l’auberge! Ah, C’était le bon temps!”
Les paroles de l’homme font surgir en moi les images d’une salle enfumée, des jeunes gens dansent follement. Et, tapi dans un coin sombre, ”l’Ankou”, avec sa tête de croque-mort, sirote une bonne bière. Il a laissé sa charrette à l’entrée avec son cheval blanc. Il a tout le temps pour choisir soigneusement sa prochaine victime.
Oui, elle est bien sympathique l’auberge des Pieds percés et comme on y danse joyeusement tous les jours.
Certains lieux sont des portes de l’autre monde . Si vous savez voir à Brocéliande, tout est possible, tout coïncide et fait référence.